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On n’imagine guère un manager en train de cogiter, le menton sur le dos de la main, méditant sur son sort de dirigeant comme le célèbre Penseur de Rodin sur la Condition humaine…

Ce qui est frappant dans cette sculpture, c’est qu’elle ne représente pas un être fluet, fragile et évanescent, mais bien un véritable athlète, doté d’une masse musculaire assez impressionnante.

Ainsi, notre manager méditatif pourrait bien traduire une grande force plutôt qu’une insigne faiblesse…

La méditation recèlerait-elle des pouvoirs qui mériteraient qu’on s’intéresse à elle ? Voilà une question qui préoccupe, et c’est heureux, de plus en plus de dirigeants et entrepreneurs « musclés » !

Qu’est-ce donc que la méditation, question que l’on me posait encore dernièrement ? Un gadget ? Un truc à la mode, sans gluten, vegan peut-être… Que non pas !

« Travailler sans recul est un progrès… pour un canon ». Ainsi s’exprimait, ou à peu près, Jean-Louis Servan-Schreiber, dans son ouvrage précieux traitant de « l’Art du Temps »*

Cette capacité à conserver du recul fait partie des techniques de l’Intelligence Emotionnelle, car elle permet d’évaluer les situations et d’acquérir la précieuse capacité d’anticiper.

A défaut, dans mon « ancienne vie » de manager, je me suis un jour retrouvé, à force de combats rétrospectivement peu justifiés, à bout de souffle, sans énergie, livré ainsi à la merci des forces contraires et des courageux braconniers, chevaliers de la chausse-trappe.

L’enjeu est bien d’éviter à tout prix ce genre de situations, mais comment ? Pour beaucoup, le réflexe est d’accélérer la cadence, de forcer l’allure, dans l’espoir de rattraper le temps perdu et reprendre un coup d’avance : quête illusoire, vaine et dangereuse…

Au contraire, la bonne attitude est, mais cela nécessite un certain courage, de ralentir la cadence, voire de s’arrêter, pour prendre ce fameux recul. Et c’est là que nous retrouvons notre Penseur, homme puissant, mais immobile et livré à ses pensées…

Un des éléments-clés de l’action « juste » est donc bien de s’accorder une pause méditative de deux ou trois minutes, au moins une fois par jour, dans l’idéal deux ou trois fois.

La méditation est-elle compliquée ? S’agit-il de « ne penser à rien », comme on l’a longtemps expliqué ? C’est évidemment un leurre, car faire le vide total dans son esprit convient peut-être à certains esprits orientaux éclairés, mais pour nous, ne penser à rien, c’est déjà penser à quelque chose. Nous sommes donc mal partis !

Faut-il adopter une position particulière ? Faut-il un cadre spécifique ? Un moment précis, toujours le même ? Faut-il se transformer en fleur de lotus, sur un tapis artisanalement décoré, en respirant de l’huile essentielle d’Hydrolat de Romarin ?…

Beaucoup de méthodes vous détailleront quantité de conditions, sans doute favorables à un approfondissement de la méditation, mais… ces éléments risquent bien de vous décourager, étant peu en adéquation avec nos habitudes de vie, et désolent vite celle ou celui qui les explore.

Or, les dernières parutions à ce sujet, par exemple celle de Matthieu Ricard**, relèvent fort heureusement que tout cela est plutôt un falbala de conditions superflues.

Le mieux est en fait de rester assis et, tout simplement, de se concentrer sur sa respiration, en la laissant aller, en la laissant « vivre » en fait, tout naturellement. N’essayez pas de lui donner un rythme particulier, une amplitude augmentée, ou tout autre artifice…

Non. Ici comme dans bien des pratiques, c’est la simplification extrême qui contient la solution, alors que la complication, elle, comme en horlogerie, est un luxe qui n’est ni à la portée, ni nécessaire, au plus grand nombre…

Ainsi ferez-vous vos premiers pas (d’ailleurs, marcher est aussi une option) de méditatif passionné. Et si les résultats obtenus vous guident vers d’autres éléments, il existe pléthore de méthodes, approches, enregistrements audio et video, etc… que la moindre recherche vous livrera.

En résumé, face aux « déferlantes », ralentissez et accordez du temps à la pensée. Et pourquoi pas en contemplant le Penseur de Rodin, dont l’original se trouve au Musée du même nom, à Paris ?…

Passionnément à vous,

Marc Maillard

 

Livres cités :

*« L’Art du Temps : essai d’action », Jean-Louis Servan-Schreiber, Fayard, 1984.