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“Réaction affective incontrôlée liée à l’humeur». Cette courte définition pose bien le décor. Affective, incontrôlée et humeur. Voici bien des mots que ne collent pas très bien avec les conceptions habituelles que nous avons du management, dans notre culture, du moins. Car c’est bien là que réside la question de fond.”

Ces notions étroitement liées à la nature humaine sont-elles tolérées sous nos latitudes, au niveau du management, dans notre société constamment à la recherche d’efficacité et de performance? N’est-il pasattendu, de la part d’un dirigeant, qu’il ne montre jamais le moindre signe de faiblesse ou de doute ?
En entreprise, ce sont bel et bien ces tendances empreintes de retenue qui dominent assez largement. Ces comportements sont profondément liés à notre culture de la discrétion et de la conception très stricte de l’attitude attendue des membres d’une hiérarchie. Laisser paraître ses humeurs n’est pas considéré comme sérieux et, donc, pas digne d’un responsable. Une distance par rapport aux subordonnés est requise.
Mais cela correspond-il encore aux attentes des collaborateurs? Ces derniers se reconnaissent-ils dans ce mode de fonctionnement qui établit une cloison entre le chef et ses troupes? Assurément non. Exemple de réflexions entendues dans la bouche de subordonnés à propos de leur chef: «On voit bien qu’il est mal, que quelque chose le tracasse. Il doit subir des pressions et n’adhère apparemment pas à ce qu’on lui demande. Il ferait mieux de nous en parler. Nous pourrions l’aider à passer le cap et à rendre le quotidien aussi supportable que possible».
Dans un monde axé de plus en plus sur la communication, la discrétion excessive passera de moins en moins. Le manager moderne doit, plus que jamais, maîtriser cet art subtil, tout étant question de dosage. Oser confier de temps à autres ses états d’âmes à ses subordonnés humanise le chef et représente également une marque de confiance. Cela lui donne l’occasion de fédérer son équipe autour de lui, car il y a en général bien plus de personnes prêtes à aider plutôt qu’à pourfendre. De la sorte, les membres du team ont l’occasion de mieux comprendre certains impératifs et à accepter ainsi certaines contraintes. Ils auront plus tendance à s’impliquer personnellement et à contribuer à faire avancer les choses.
Il convient néanmoins de ne pas oublier que le chef représente la figure de proue et qu’un déballage permanent de doutes et de sentiments négatifs fini par miner la motivation et la confiance. Confier des éléments relevant de la stricte intimité est également risqué. Il est donc recommandé de rester dans certaines limites, afin de protéger sa crédibilité.
La réponse à la question posée est donc oui, on peut confier ses états d’âmes à ses subordonnés. Il est même recommandé de le faire. D’ailleurs, cela pourrait également éviter passablement de burn-out, une maladie à laquelle les cadres sont particulièrement exposés, dans leur rôle de tampon entre le haut et le bas de la hiérarchie, et dans une époque où les attentes ne diminuent pas, bien au contraire.
A retenir
Oser se confier est une preuve de maturité et non pas une faiblesse. Choisir ses interlocuteurs. Il existe en effet des personnes qui, de par leurs propres déséquilibres, feront un usage pervers de vos états d’âmes. Ne pas oublier qu’une fois le moment de décompression passé, il convient de tenir un langage constructif. Le chef n’a pas le choix. Sa vocation est de tirer l’équipe en avant. Faire très attention aux pièges tels que les soirées bien arrosées. Les confessions faites à ce moment-là peuvent vite dépasser vos volontés et laisser des traces profondes. Confier ses états d’âmes ne se résume pas à se plaindre. Il s’agit de profiter de solliciter les avis des interlocuteurs. Ne pas oublier qu’un jour, ce sera peut-être votre supérieur qui vous confiera un moment de ras-le-bol. Ayez la réaction que vous attendez de vos subordonnés: écoute et mise à disposition.
Le fait de confier de temps à autre ses états d’âmes n’empêche pas de pratiquer un management conséquent. Le succès provient en effet de la capacité du chef à savoir mettre au centre l’élément humain tout en plaçant la barre des exigences à un niveau élevé.

 

Article publié le 12 juin 2014 dans HR Today.