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Les développements technologiques récents qui permettent de traiter des quantités astronomiques de données en un temps record ont envahi nos organisations. Galvanisées par ces nouveaux moyens, des écoles de pensées ont imaginé des techniques de gestion basées exclusivement sur les chiffres. C’est ainsi que sont apparus plusieurs dispositifs sensés stimuler la performance (maximisation de la valeur actionnariale/rendement des fonds propres) : «management by objectives», «key performance indicators», outils de «reporting» redoutables de précision, changements permanents au niveau de l’organisation du travail…

Non exhaustive, cette liste contient les ingrédients du cocktail explosif qui a amené le monde du travail dans une zone de stress fort préoccupante. Soumis à une exigence de vitesse d’exécution vertigineuse, obligé de s’adapter aux changements constants de son environnement de travail, le collaborateur perd ses repères, et se retrouve ainsi démuni quand il essaie de se projeter dans l’avenir. Cette situation est particulièrement vraie pour les personnes actives dans des structures d’une certaine taille.

On peut bien entendu disserter longuement sur l’organisation du travail, en dessinant toutes sortes de façons originales pour révolutionner ou pour corriger les effets néfastes décrits ci-dessus, de la suppression pure et simple du manager en passant par des hiérarchies totalement aplaties. Mais les structures d’une entreprise ne sont finalement que le reflet des intentions de ses propriétaires. C’est donc bien à ce niveau-là que se situe le pouvoir de donner une direction ou une autre à la conduite des affaires et, partant, à la façon de traiter les collaborateurs. Si les responsables de l’entreprise sont exclusivement mus par l’obsession de réaliser un maximum de profits en un minimum de temps, ils n’auront d’autres choix que de recourir au système du bâton et de la carotte. Si, au contraire, ils agissent selon le principe d’un management durable, leur action sera complètement différente.

Sur la base d’une vision à long terme intégrant la conviction fondamentale que seuls des collaborateurs sains de corps et d’esprit sont à même de donner le meilleur d’eux-mêmes et d’atteindre ainsi l’excellence de façon solide et permanente, les responsables de telles entreprises savent intégrer la capacité à prendre les décisions rapides que le quotidien exige, mais toujours avec un regard fixé sur une ligne d’horizon à longue distance.

Des équipes formées de membres aux talents complémentaires et fédérées autour d’objectifs auxquels chacune et chacun puisse s’identifier. La confiance accordée à chaque employé, lui permettant ainsi de laisser libre court à sa créativité, en l’impliquant dans les réflexions sur le fonctionnement de son entreprise. La capacité à intégrer dans les équipes des éléments dotés de compétences au-dessus de la moyenne et à les faire interagir de façon harmonieuse avec leurs collègues. Autant d’éléments essentiels à l’atteinte de performances élevées. Leur mise en place demande de la part des cadres une implication totale dans le soin apporté à la gestion des ressources humaines.

De même, il est fondamental que le DRH et son équipe soient étroitement impliqués dans le fonctionnement de l’entreprise. Si cela nécessite d’abord l’impulsion du top management, il est néanmoins de la responsabilité des spécialistes RH de se positionner comme des acteurs pleinement conscients des réalités des impératifs de production. Des personnes ayant exercé durant plusieurs années des fonctions sur le terrain avant de se spécialiser seront clairement avantagées.

La mise en place de ces principes demande du temps. Alors que la souffrance au travail est malheureusement fort répandue, des institutions soucieuses du bien-être de leurs collaborateurs existent, et elles en retirent les fruits par l’atteinte d’excellents résultats. Pour ce faire, elles ont banni la recherche des gains à court terme de leur mode de fonctionnement.

 

« Les structures d’une entreprise ne sont finalement que le reflet des intentions de ses propriétaires. » Bernard Stoessel