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A l’occasion d’une table ronde invitant les participants à s’exprimer sur leur notion du leadership, l’animatrice a posé une question fort pertinente, à savoir comment pouvait-on expliquer le fait que l’on n’ait jamais autant disserté et émis des recommandations sur les bonnes pratiques de management, alors que l’atmosphère dans les entreprises et, partant, l’état psychique des travailleurs semblaient plutôt se dégrader.

Pour illustrer cette juxtaposition on trouve, rien que dans la presse romande de ces dernières semaines, une abondante et excellente littérature parlant du burn-out comme fléau de notre civilisation moderne et, simultanément, d’études faisant apparaître, par exemple, que les personnages désagréables ont de plus gros revenus que leurs pairs plus civilisés

Force est de constater, en effet, qu’il existe une offre surabondante d’écrits, d’études, de débats et de possibilités de formation dans le domaine du management et du leadership, alors que, parallèlement, la vie en entreprise est encore bien trop souvent cause d’un mal-être qui ne semble pas diminuer.

En d’autres termes, ce qui est préconisé parait ne pas être traduit dans la réalité. Tout porterait à croire que les recettes existent, mais qu’elles ne soient pas appliquées.

Afin de ne pas tirer de fausses conclusions, il convient de souligner un certain nombre d’éléments.

Premièrement, reconnaître les maux comme le burn-out et les commenter abondamment ne signifie pas qu’ils n’existaient pas avant.

Deuxièmement, et comme évoqué par bon nombre d’observateurs du monde du travail et de la société en général, l’accélération des changements et des processus soumet l’être humain à un énorme stress. Les moyens électroniques y contribuent grandement, tout comme la mondialisation qui rend la concurrence encore bien plus féroce qu’auparavant.

Troisièmement, les modes de vie ont également évolués sur le plan privé, créant un facteur additionnel de déstabilisation qui influera sur le moral à la place de travail.

Quatrièmement, la montée en puissance de l’hyper-réglementation soumet les collaborateurs non seulement à un stress terrible découlant du poids administratif, mais les transforme malheureusement de plus en plus en exécutants priés de suivre les instructions à la lettre, sans réfléchir.

Dans ce contexte, les entreprises ont plus que jamais besoin de dirigeants dotés de compétences sociales et d’un quotient émotionnel hors normes, afin de pouvoir créer le cadre de travail permettant aux collaborateurs de l’entreprise de trouver sérénité, équilibre et motivation.

Par ailleurs, des entreprises dans lesquelles il fait bon vivre existent, et elles mettent toutes en avant le fait que le bien-être de leurs collaborateurs est à la base de leur réussite.

Parallèlement à ce constat, force est de constater qu’il existe encore passablement de dirigeants toxiques, préoccupés en premier lieu par leur pouvoir et l’appât du gain à court terme, en complète contradiction avec les recommandations en matière de management durable

Inutile de dire que l’atmosphère régnant dans l’entreprise est intégralement dépendante du style de management des dirigeants, et cela commence par la pointe de la pyramide.

Comment se fait-il alors que les échelons hiérarchiques supérieurs soient encore bien trop souvent occupés par des chefs toxiques ?

Dans les causes, on trouve les phénomènes classiques comme le fait qu’encore aujourd’hui, les caractères dominants se fraient bien plus facilement un chemin vers les sommets. On confond autorité avec brutalité.

Nommer les dirigeants est définitivement du ressort des organes propriétaires de l’entreprise. Par le biais du conseil d’administration, les actionnaires ont la tâche de voter en leur âme et conscience pour des personnes pleinement conscientes non seulement de la responsabilité humaine qui leur incombe, mais du fait que l’atteinte de résultats ambitieux ne pourra se faire que grâce à des collaborateurs sains d’esprit et de corps.

La responsabilisation des investisseurs principaux, caisses de pensions, fonds d’investissement et autres doit être encore développée.

La notion de management durable doit devenir une vraie préoccupation pour tous les actionnaires majeurs, au même titre que les questions d’environnement et d’éthique.

Notons que les exécutifs cantonaux et fédéraux portent également une grosse responsabilité dans le choix des cadres de leurs administrations, l’atmosphère régnant dans certaines collectivités publiques n’ayant rien à envier au secteur privé, bien au contraire…

Il en va ici d’une question de coûts de la santé, car c’est toute la société qui supporte les conséquences du mal-être des travailleurs, mais également de la performance, à terme, de notre économie.

Il est urgent de transformer ce qui est préconisé en une réalité.

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