«Management by tableau Excel»: qui n’a pas déjà entendu cette plaisanterie circulant dans bon nombre d’entreprises, souvent accompagnée d’un rire jaune?

Car, dans le domaine du management de l’économie financiarisée, les robots sont déjà en action depuis au moins deux décennies. Il est fait référence ici à ces chefs, tous échelons hiérarchiques confondus, qui connaissent chaque détail chiffré de leurs équipes, considérant chaque collaborateur comme une simple unité de production et, surtout, comme un centre de coûts.

Ne connaissant que la réalité des chiffres, ces managers ont en outre la ferme conviction que le seul moteur de motivation du collaborateur est l’argent. Ils vont donc lier très étroitement les chiffres produits par leurs outils d’analyse au système de rémunération, afin de mettre une pression continue sur le rendement de leurs équipes. Et si celles-ci souffrent de maux modernes comme le burn-out, pas question de se poser des questions.

Parallèlement à cela, et parfois en partie à cause de cela – à l’instar de la crise financière qui aura été la pointe visible des conséquences de ce qui est décrit plus haut -, le législateur, dans un souci de bien faire, ajoute une masse écrasante de tâches administratives dans une frénésie d’hyper réglementation.

Qu’il s’agisse du corps enseignant, des médecins ou des banquiers, tous ces milieux professionnels émettent des appels au secours découlant de leur quotidien, qui leur impose de parler davantage à leur PC qu’à leurs protégés, élèves, patients ou clients.

Dans les entreprises, cela renforce encore le pouvoir des managers du type décrit ci-dessus. Légitimés par les contraintes réglementaires, les chefs en question peuvent ajouter à la pression du rendement celle du risque zéro, transformant leurs employés en opérateurs de saisie et, surtout, en fusibles que l’on peut faire sauter à la moindre occasion. Pris entre le marteau et l’enclume, ceux-ci tentent de survivre, dans un monde mécanisé et désincarné.

Conclusion: la venue des robots dans notre vie en général est une réalité déjà bien présente et le mouvement va encore s’accélérer. Cette nouvelle évolution de l’humanité a ses très bons côtés et ses revers, mais c’est un mouvement irréversible.

Par contre, dans le domaine du management, il est urgent de l’inverser, ce qui est parfaitement du domaine du possible. L’utilisation bien ciblée d’outils informatisés de suivi des affaires n’empêche en aucun cas de traiter les collaborateurs comme des êtres humains et non comme des machines. Ils ont besoin d’être stimulés, par la liberté d’entreprendre, le droit de faire des erreurs, la confiance, bref, tous ces ingrédients qui font la différence entre une entreprise efficace de façon durable et l’autre, qui finira par foncer dans le mur.

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